Peintures



24–09–2024

Asclepias syriaca





Asclepias syriaca (herbe aux perruches)

Les ateliers Vortex 2018

Contre la lassitude
Frédéric Houvert est un poète. Ça pourrait être une espèce de vanne, mais c'est un peu l'image que je me fais de son travail. Pourtant, je déteste absolument qu'on emploie le mot "poète" - et l'adjectif "poétique" - à propos d'autre chose que de poésie à proprement parler. C'est une de mes obsessions, et je mépriserais aussitôt quiconque ferait cette erreur à ma place. Mais je comprends maintenant qu'il n'y a pas d'autres mots pour désigner sa nature d'artiste : les peintures, sculptures et photographies qu'il produit ont une qualité "poétique" indéniable (je vais crever si j'emploie encore
ce mot).
Cette nature éphémère, on la trouve également dans les sculptures, photographies et dessins qu'il réalise.
En réalité, bien qu'il semble soucieux des catégories traditionnelles de l'art à travers ces dénominations, chacune de ces pratiques renvoie directement à l'autre : les sculptures sont presque toutes des objets abstraits à demi peints (Jupiter ou Platane), les photographies sont des sculptures "trouvées" ou des mises en scène de sculptures dans un milieu naturel (Au commencement), et les "dessins" sont plus clairement des peintures sur papier. Dans Féroé, il photographie sur une plage une structure de pilotis en bois blanc évoquant un squelette post-apocalyptique de la Villa Savoye, un peu à la manière dont le buste de la Statue de la Liberté surgit du sable à la fin de La planète des singes (celui de 1968). Une apparition fantomatique qui rejoint l’esthétique de ses peintures de plantes, adoptant une forme de passivité qui tranche avec le dogme de l'efficacité en peinture, comme le temps végétal se distingue du temps animal (c'est justement dans ses œuvres sur papier, plus vite réalisées, qu'on trouve quelques animaux : serpents, oiseaux ou poissons). Et c'est peut-être cette temporalité mouvante qui fait toute la poésie* de l'œuvre de Frédéric Houvert, ce flou artistique qui entoure sa pratique et dont lui même s'amuse, en prenant soin de dissiper la ligne qui sépare la naïveté du romantisme, la décoration de la beauté.

Les œuvres d'art ne poussent pas dans les salles d'exposition, mais elles devraient en donner l'illusion. A plusieurs reprises, FH a tenté cette analogie horticole ; dans l'élaboration d'un dispositif d'exposition à base de tasseaux de bois et de bâche plastique transparente (Serres), ou dans les sculptures Greffe et Herbier
(un "tuteur" peint greffé à une souche d'arbre pour la première, des répliques en porcelaine de ses pochoirs végétaux présentés sur un socle vitré pour la seconde). En tant qu’artiste, je me suis toujours demandé comment Frédéric faisait pour ne pas se lasser de ces thématiques. Je n'ai pas de réponse à cette question, mais je comprends en regardant sa peinture et ses autres réalisations que leur temporalité est différente de celles qu’on a l’habitude de voir, que son œuvre croît lentement en elle-même, que des causes identiques produisent un nombre infini de conséquences. Que l’art, dans sa plénitude, rejoint la beauté de ces choses dont on ne se lassera jamais : les miroitements du soleil sur la mer, la course des nuages dans le ciel, la surprise de la première neige tombée sur la ville...

* (Je suis mort)


Hugo Pernet


Black Box



Manoir de Mouthier Haute Pierre  2021
Comme dans un songe, on entre dans la Black Box. Les murs parés du noir Houvert absorbent les volumes qui n’apparaissent plus que grâce à leurs arêtes lorsque la lumière les souligne. Le passé de l’ancienne cuisine appartient à l’obscurité pour mieux laisser surgir les œuvres de Frédéric Houvert.

Formes et couleurs se mêlent et se confondent dans une accumulation des motifs, appliqués au pochoir sur les toiles. A la manière de l’adaptation de l’œil à une baisse de la luminosité, les éléments peint émergent et se distinguent progressivement. Les apparitions brouillées offrent des interprétations multiples, qui rendent les frontières du vivant poreuses. Tantôt on croit apercevoir des animaux, tantôt les parties d’un corps humain, et pourtant il s’agit uniquement de végétaux.
Anthurium Mondrian, 60 x 90 cm, 2018 Epipremnopsis Burnt sienna, 130 x 90 cm, 2018 
Arrangés en bouquet enchevêtrés, leur répétition invite à plonger au cœur de la peinture. L’espace onirique à la fois dense et profond dépend de la lumière, qui révèle ou dissimule selon la façon dont elle se pose sur la couleur. Ainsi, les plantes semblent prendre vie. Elles naissent, fanent et mettent en mouvement la composition florale sur chaque toile. Tel un jardinier de l’histoire de l’art, Frédéric Houvert ressuscite la nature que la tradition picturale disait morte.

Cassandre Ver eecke




Pochoirs




Pochoirs en porcelaines colé avec du silicone noir







ONAGADORI   








©Frédéric Houvert