Fibre, Fibres et Chenets
Fibre, Fibres et Chenets
Exposition en duo avec Simon Feydieu, Centre d'art contemporain La Halle des bouchers, Vienne, 2021-2022
Commissariat de Bernard Collet
Asclepias syriaca
Asclepias syriaca (herbe aux perruches)
Les ateliers Vortex 2018Contre la lassitude
Frédéric Houvert est un poète. Ça pourrait être une espèce de vanne, mais c'est un peu l'image que je me fais de son travail. Pourtant, je déteste absolument qu'on emploie le mot "poète" - et l'adjectif "poétique" - à propos d'autre chose que de poésie à proprement parler. C'est une de mes obsessions, et je mépriserais aussitôt quiconque ferait cette erreur à ma place. Mais je comprends maintenant qu'il n'y a pas d'autres mots pour désigner sa nature d'artiste : les peintures, sculptures et photographies qu'il produit ont une qualité "poétique" indéniable (je vais crever si j'emploie encore
ce mot).
Cette nature éphémère, on la trouve également dans les sculptures, photographies et dessins qu'il réalise.
En réalité, bien qu'il semble soucieux des catégories traditionnelles de l'art à travers ces dénominations, chacune de ces pratiques renvoie directement à l'autre : les sculptures sont presque toutes des objets abstraits à demi peints (Jupiter ou Platane), les photographies sont des sculptures "trouvées" ou des mises en scène de sculptures dans un milieu naturel (Au commencement), et les "dessins" sont plus clairement des peintures sur papier. Dans Féroé, il photographie sur une plage une structure de pilotis en bois blanc évoquant un squelette post-apocalyptique de la Villa Savoye, un peu à la manière dont le buste de la Statue de la Liberté surgit du sable à la fin de La planète des singes (celui de 1968). Une apparition fantomatique qui rejoint l’esthétique de ses peintures de plantes, adoptant une forme de passivité qui tranche avec le dogme de l'efficacité en peinture, comme le temps végétal se distingue du temps animal (c'est justement dans ses œuvres sur papier, plus vite réalisées, qu'on trouve quelques animaux : serpents, oiseaux ou poissons). Et c'est peut-être cette temporalité mouvante qui fait toute la poésie* de l'œuvre de Frédéric Houvert, ce flou artistique qui entoure sa pratique et dont lui même s'amuse, en prenant soin de dissiper la ligne qui sépare la naïveté du romantisme, la décoration de la beauté.
Les œuvres d'art ne poussent pas dans les salles d'exposition, mais elles devraient en donner l'illusion. A plusieurs reprises, FH a tenté cette analogie horticole ; dans l'élaboration d'un dispositif d'exposition à base de tasseaux de bois et de bâche plastique transparente (Serres), ou dans les sculptures Greffe et Herbier
(un "tuteur" peint greffé à une souche d'arbre pour la première, des répliques en porcelaine de ses pochoirs végétaux présentés sur un socle vitré pour la seconde). En tant qu’artiste, je me suis toujours demandé comment Frédéric faisait pour ne pas se lasser de ces thématiques. Je n'ai pas de réponse à cette question, mais je comprends en regardant sa peinture et ses autres réalisations que leur temporalité est différente de celles qu’on a l’habitude de voir, que son œuvre croît lentement en elle-même, que des causes identiques produisent un nombre infini de conséquences. Que l’art, dans sa plénitude, rejoint la beauté de ces choses dont on ne se lassera jamais : les miroitements du soleil sur la mer, la course des nuages dans le ciel, la surprise de la première neige tombée sur la ville...
* (Je suis mort)
Hugo Pernet
ONAGADORI
Faraday’s
Avec le soutient de Seigneurie Gauthier © CHROMATIC® 2018
Anthurium
Anthurium
La serre, Saint-étienne, France
Frédéric Houvert propose une histoire de la peinture à rebours, aux origines de l’ornement, dans ce qui a été les premiers motifs décoratifs.
Issu d’une formation d’horticulteur, Frédéric Houvert a très tôt orienté son travail artistique vers le motif ornemental. Ce retour à l’usage du motif végétal, un des premiers motifs d’ornement de l’histoire de la peinture, lui permet d’explorer ses gestes et l’apparition des formes à la surface du tableau.
Au départ décoratif et sériel, le motif évolue, par superposition, vers une abstraction sensible.
Frédéric Houvert travaille aujourd’hui à partir d’une bibliothèque de pochoirs créés directement à partir de plantes. L’usage du pochoir sert la double vocation de son travail : l’Ikebana et l’exploration du geste composant la peinture.
Exposition présentée à la Serre
Saint-Etienne
du 26 janvier au 3 mars 2018